Ce mardi 5 février dernier: " La France vue de l'étranger "

R.W.
Correspondant permanent du quotidien Le Temps, Richard Werly était l'invité de cette  « Matinale du FERAM » du 5 février dernier en compagnie, notamment, de Michel Urvoy, éditorialiste à Ouest-France, et Jean-Clément Texier, administrateur du Temps et président de la Compagnie Financière de Communication et de Ringier France, de Piere-Yves Le Priol, ex secrétaire général de la rédation du quotidien La Croix et de Daniel Chaize, ex journaliste à RFI. Richard Werly est l'un de ceux que les médias français invitent régulièrement pour commenter l'actualité, en particulier sur la démocratie directe helvétique. Chaque mardi, il tient une chronique consacrée à l'Europe sur La Chaine Parlementaire. Et ses interventions sont régulières sur Arte, France Culture,  TV5 Monde et France 24... Il  par ailleurs dirige la collection «L'Ame des peuples» aux Editions Nevicata.
 
Gilbert Werly a été en poste en Thaïlande dont il parle la langue et en particulier à Bangkok, Tokyo, Genève, Bruxelles et aujourd'hui Paris, portant les couleurs suisses comme françaises : « La Vie, », «  La Croix » , « Libération ».  Familier de l’Asie Richard Werly, qui ne croit pas que nous serons dévorés par les dragons issus des Routes de la Soie, soutient que l’Occident, ses démocraties et sa conception de l'Etat de droit résisteront au tsunami de la finance, à la technologie mondialisée et aux nationalismes primaires. Pour le journaliste suisse, l'Europe n'est pas sortie de l'histoire, comme beaucoup d'asiatiques le croient en la prenant seulement pour un musée. 
 
A quoi ressemble la France des «gilets jaunes» vue de l'étranger ? Comment la presse internationale, et en particulier ses correspondants à Paris, regardent notre pays et ses promesses de «transformation» souvent remises en cause, voire abandonnées ? Et quid de cette volonté populaire de participation démocratique, exprimée à travers l'envie de RIC, le fameux référendum d'initiative citoyenne ?  Tous ces sujets qui constituent l'agenda presque quotidien des journalistes étrangers chargés de raconter la France, était au centre de cette 1ère Matinale de l'année.
 
 
 
 

                                    Quelques unes des observations de Richard WERLY / Lire aussi les articles plus bas

                                                                      Les "gilets jaunes", c'est la France qui s'ennuie ?

160 000 suisses vivent en France et de nombreux Français travaillent en Suisse. Cela crée des liens. Il y a d’ailleurs un député des Français de Suisse et ... du Liechtenstein.

Nous avions vu poindre progressivement Emmanuel Macron, qui, au départ, n’a pas voulu, ou pas su, calmer les colères sourdes. Mais force est de reconnaître que le Français est en colère par nature, ou ... par gout ?.

Le monde ne convient pas aux Français qui pensent qu’ils peuvent et doivent, eux, changer ce monde. Le vieil esprit colonial ? Les Suisses, eux, ne sont pas contre le monde entier. Les suisses n’attendent pas tout de la politique.

Les inégalités d’accès dénoncées par Emmanuel Macron, avec ceux qu’il appelle les « asssignés à résidence » ne sont elles pas aussi une des contradictions de ce fameux esprit républicain ? Cf la vitalité de la question musulmane et le passé colonial, toujours présent, de la France ?

Il s’agit néanmoins d’une colère qui interroge, qui est surtout une colère pour être écouté, et c’est cela qui est préoccupant : se baser sur la colère pour se faire entendre.

Une des explications d’une certaine myopie sociale de Macron est qu’il n’a pas eu de primaires. Pour lui la France va de toutes façons changer avec la nouvelle génération, et ce n’est pas complétement faux. Mais comment faire le saut ?

La France est un pays bourré de contradictions. Les Français rêvent du « en même temps ». 

Ils aiment rêver mais aussi rigidifier en demandant toujours plus de réglementations, toujours plus de lois, toujours plus d’aides, etc… tout en attendant tout de l’Etat et tout en le rejetant... Cela débouche, entre autres, sur cette incapacité des entreprises à embaucher et à licencier. De ce fait, en France, la moyenne des salaires est de 2000 euros alors qu’elle est en Suisse de 5 à 6000 euros, parce que le risque vaut bien un salaire élevé. En Suisse, on peut être licencié presque du jour au lendemain – ce qui n’exclue pas les indemnisations – mais en l’absence de rigidité, on peut retrouver du travail très rapidement. 

Les Suisses ne comprennent pas que, en matière de santé par exemple, on ne sache pas ce que cela coûte, ce que coûte le médicament ou  l’hôpital ? Ne faudrait-il pas ajouter le  mot Responsabilité au fronton des mairies : Liberté, égalité, Fraternité  + responsabilité ?

L’abandon du service national par le président Chirac fut une énorme erreur. Le service militaire c’est ce qui fait la Suisse. Cela forge le consensus et le sentiment national. Il faut aussi du folklore pour faire une Nation.  

Et puis il y a la relation au travail perçue comme une peine. Les 35 heures ont été désastreuses à cet égard et d'abord aux plans culturel et psychologique. En Suisse, personne n’imagine ne pas travailler. Les Français ne sont jamais contents au travail. 

Et puis, il y a ce problème avec le concept de la France périphérique, cette crise existentielle des villes moyennes. 

Pourtant les patrons suisses apprécient leurs collaborateurs français considérés comme de qualité. Et les Français n’ont pas d’animosité l’égard de la Suisse qui a une réputation de sérieux.

Ce qui marche bien, c’est la proximité. La France est un pays encore tellement centralisé et bureaucratisé. La décentralisation, une vraie décentralisation, devrait être la première priorité. En Suisse le pouvoir est dans les Cantons. Pour la France, après un curieux redécoupage des régions, ne faut il pas privilégier les départements, ou laisser chaque région en décider ? En Suisse, les colères ne peuvent être que cantonales. La proximité est un amortisseur de colères.

Quid de la Démocratie directe, tant vantée sur les ronds-points en faisant référence à la Suisse ? Le peuple suisse a l’impression de se gouverner par lui-même et cela met de l’oxygène dans le moteur, mais est ce si simple ?

Les "Gilets jaunes",  c’est surtout la France qui s’ennuie, une France qui vit une crise  existentielle, une crise de l’espérance. De + en + de gens ont le sentiment de vivre de + en + mal.

 

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