La Matinale de ce 23 mai : "Le multilatéralisme en question". Le PV est en ligne.

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Alain LE ROY, Ambassadeur de France, ancien Secrétaire Général du Service européen pour l'Action Exrérieure (SEAE), ancien Secrétaire général adjoint de l'ONU, était, ce jeudi 23 mai 2019, l'invité d'honneur de la dernière « Matinale du FERAM »  en nos locaux parisiens, au coeur du Quartier latin, sur le thème  du "multilatéralisme". Cette Matinale, mensuelle, passionnante, était placée sous la présidence de Bernard POIGNANT, président du FERAM. 

Lire le compte rendu résumé ci-après.

Le compte rendu

Alain Le Roy a, en introduction, rappelé la contribution initiale et fondamentale de Woodrow Wilson dans l’émergence du multilatéralisme, même s’il fut marqué, après la première guerre mondiale, par une certain idéalisme. C’était dans la suite de celui des pères fondateurs de la Constitution américaine, caractérisée elle aussi par les valeurs de l’humanisme fondamental. Le projet de la SDN (Société des Nations) sera finalement et déjà torpillé par le Congrès américain. C’est aussi aux américains pourtant que l’on doit la création à New York de l’Organisation des Nations Unies (ONU) avec l’adoption, en 1945, de la Charte des Nations Unies. L'idée n’était cependant pas nouvelle ainsi qu’en témoignent certains grands traités qui vont progressivement constituer une sorte de nouvel ordre international : Traités de Wesphalie,  Congrès de Vienne, etc…. Puis, ce furent les premières organisations thématiques et pratiques comme l’Union Postale Universelle. 

Le rôle de puissance des Etats reste néanmoins essentiel, et plus encore aujourd’hui avec l’émergence ou le renouveau des « Grandes Puissances » : Chine, Russie, Inde, …  Alain Le Roy fait alors référence au site DiploWeb et aux travaux conduits par les équipes de Pierre Verluise, présent à cette Matinale : https://www.diploweb.com

Dans cet historique, il y a bien sur la Déclaration des Droits de l’Homme (1948) puis la création de l’OTAN (1949) et du Pacte de Varsovie,  organisations militaires, puis de l’OSCE en 1975. Au plan commercial :  CNUCED et OMC.  Sont également cités, entre autres, le Haut Commissariat aux Réfugiés et le Bureau International du travail, tous à Genève. Alain Leroy évoque aussi le PNUD et le PNUE dont le rôle est plus important après les Accords de Paris de 2015, ratifiés par 185 Etats mais refusés par la Russie, la Turquie, l’Iran et remis en cause désormais par les Etats Unis. Et puis, il y les nouvelles grandes organisations régionales comme l’UE (à la suite de la CECA) en Europe, l'Union Africaine et CEDEAO en Afrique ou l’ASEAN en Asie, sur tous les continents. Et les initiatives de  type G8 ou G20. Le G7 - G8 sans la Russie ? -  se réunira à Biarritz fin aôut 2019. 

Après l’échec de l’UPM, une nouvelle tentative sera lancée autour de la Méditerranée lors du Sommet dit des deux rives, le 24 juin à Marseille.  On ne pourrait ne pas rappeler l’existence des forces de maintien de la paix des Nations unies (UN) d’autant que l’ambassadeur le Roy en fut le responsable à New York. 200 soldats français y servent actuellement. 

Des initiatives partagées, sorte de multilatéralisme ponctuel, ont pu déboucher sur l’Accord sur l’Iran, hélas  remis en cause par le président Trump, dont le prédécesseur, le président Obama, n’avait pas hésité à déclarer publiquement : Comme vous savez, je suis un militant multilatéralisme, et c’est cela le plus important. Une appréciation renouvelée, il y a peu, et avec force, par le président Macron. Enfin, Alain Le Roy a mis l’accent sur une belle réussite qui ne cesse d’ailleurs de progresser, celle de l’OCDE dont le siège est à Paris et de ses partenaires des Etats du Sud (Centre de Développement de l'OCDE).

Avec l’émergence, déjà citée, des Grandes puissances, le multilatéralisme devrait pourtant redevenir une nécessité majeure mais il est en grande difficulté, notamment du fait du gouvernement américain mais aussi avec le retour du « fait accompli » comme en Crimée. Ainsi de l’échec de la résolution sur la Libye et d'une intervention  sans mandat ou sans respect du mandat, ce qui a suscité le doute, en particulier de la part  des nouvelles grandes Puissances.  N’est ce pas le retour, notamment aux US, du mouvement jaksonien par opposition au wilsonisme ?. La réponse à la question lancinante qui était  celle de savoir comment limiter le pouvoir de veto et redonner de l’efficacité aux UN, semble ainsi à nouveau s’éloigner...

Alain Le Roy rappelle néanmoins certaines évolutions avec la création de coalitions ad hoc, celle autour du G5 Sahel, du retour des Etats face au GAFA, de l’Appel de Paris du 12 novembre 2018 pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace (Cybersécurité) en conclusion du Forum sur la Gouvernance de l’Internet à l’UNESCO, le14 novembre dernier, et enfin les Propositions françaises à Berlin.

Dans le cadre du débat qui a suivi, les questions ont porté sur le rôle ambiguë du TPI, encore trop souvent perçu comme un instrument de justice des vainqueurs, ce qui n'est pas toujours faux ; mais aussi sur le celui du Conseil de l’Europe dont la vocation grande européenne devrait être renforcée et permettrait de reprendre alors le dialogue avec Moscou (cf interview de l’ambassadeur Claude Blanchemaison sur ce site). La question du respect des frontières a-t-il été oublié en Yougoslavie ?  La question de la Mondialisation n’est elle pas encore essentiellement dominée par les grandes puissances ?  Ecarter Moscou – mais pas Pekin ? – ne risque t-il pas de compromettre gravement la philosophie fondatrice qui veut que l’on parle avec tout le monde, sinon à quoi bon ? Référence est faite au Général De Gaulle qui avait remis la Chine dans le « jeu ».

Alain Le Roy souligne enfin que la renégociation des Accords de Cotonou - Europe/Afrique – qui arrivent à échéance en 2020 vont constituer une opportunité à ne pas rater alors même que les conflits mondiaux touchent de plus en plus l’Afrique. Et puis la France et l'Allemagne ont annoncé leur volonté de créer une «Alliance pour le multilatéralisme» afin de faire contrepoids aux tentatives de rompre avec ce socle de l'ordre international qui régit le monde depuis 1945.  Alors, l'espoir reste permis ?                                     PH

Une participation internationale et de haut niveau 

Photos : Paul Carriot

 

Elevé à la dignité d'Ambassadeur de France, par décret du président de la République, le 10 juin 2015, Alain Le Roy, a débuté sa carrière diplomatique comme coordonnateur spécial adjoint de l'ONU à Sarajevo, puis comme envoyé en mission en Mauritanie dans le cadre du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), avant d’être détaché au Kosovo pour l'ONU comme préfet de la région de Peć. Représentant spécial de l’Union européenne en Macédoine, il revient ensuite à Paris en 2002 comme directeur des affaires économiques au Ministère des Affaires étrangères. Il participe ainsi à la préparation du sommet du G8 d'Évian en 2003 comme sous-sherpa du président de la République. Ambassadeur de France à Madagascar de 2005 à 2007, il est nommé en 2007, ambassadeur chargé du projet d'Union pour la Méditerranée. Le 30 juin 2008, il rejoint New York comme Secrétaire général adjoint de l'ONU, chargé des opérations de maintien de la paix. Le 5 décembre 2011, il est nommé ambassadeur de France à Rome, puis le 7 janvier 2015, secrétaire général du Service européen pour l'action extérieure (SEAE). Ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure des mines de Paris et titulaire d’un DEA de sciences économiques de l’université Panthéon-Sorbonne. Il est également agrégé d’économie et gestion et diplômé du programme senior managers in government de la Kennedy School of Government de Harvard. Alain Le Roy avait commencé sa carrière professionnelle dans le secteur privé comme ingénieur chez Total avant d’entrer dans la fonction publique en 1990 comme sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de l'Eure-et-Loir à Chartres, puis comme sous-préfet d'Avallon avant d’être nommé chef de cabinet puis conseiller du ministre de l'Agriculture, puis à la Cour des Comptes en 1993 dont il est aujourd'hui Conseiller-Maître.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Le_Roy

Prochaine Matinale : le 24 juin avec Pierre CALAME

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